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Interview vidéo face caméra : comment la préparer pour qu'elle sonne juste

Dans une vidéo d’entreprise, ce sont les interviews qui portent le message. Une belle image ne remplace pas une personne qui explique, avec ses mots, ce qu’elle fait et pourquoi c’est important. Mais face à une caméra, la plupart des gens perdent leurs moyens. Voici comment je prépare une interview pour que la personne filmée soit à l’aise, et que le résultat sonne juste.

Partir de l’objectif de la vidéo, pas d’une liste de questions

Avant d’écrire la moindre question, il faut savoir à quoi servira la vidéo et qui la regardera. On ne pose pas les mêmes questions pour :

  • un film de présentation, où l’on veut comprendre ce que fait l’entreprise ;
  • une vidéo marque employeur, où l’on veut donner envie de rejoindre l’équipe ;
  • un témoignage client, où l’on veut rassurer un futur client ;
  • une vidéo d’événement, où l’on veut prolonger la parole d’un invité.

Exemple : pour le film corporate d’Equans, réalisé avec l’agence Oblique, l’objectif était de présenter l’entreprise de l’intérieur. Les questions portaient donc sur le métier de chaque collaborateur, son quotidien, ce qu’il apprécie dans son travail. Pas sur les chiffres de l’entreprise.

À l’inverse, pour BCLMS, entreprise du bâtiment qui voulait valoriser l’un de ses chantiers, l’interview d’un client était essentielle : c’est lui qui dit, avec ses mots, comment s’est passé le chantier. Une parole bien plus convaincante pour les prochains donneurs d’ordre qu’un discours de l’entreprise sur elle-même.

Interview d’un client de BCLMS dans le film de chantier, avec son nom en incrustation Le témoignage d’un client dans le film de chantier de BCLMS.

Écrire des questions ouvertes

Une bonne question appelle une histoire, pas un « oui » ou un « non ».

  • Au lieu de « Aimez-vous votre métier ? », demandez « Racontez-moi une journée type. »
  • Au lieu de « Le projet a-t-il été un succès ? », demandez « Qu’est-ce qui a changé depuis ? »
  • Au lieu de « Êtes-vous satisfait ? », demandez « Pourquoi nous avoir choisis ? »

Je propose une trame de questions à partir de l’objectif de la vidéo, que vous validez avant le tournage. Elle sert de fil conducteur : pendant l’interview, je rebondis sur ce que dit la personne.

Faut-il envoyer les questions à l’avance ?

Oui, mais pas les réponses. Envoyer les questions permet à la personne de réfléchir à ce qu’elle veut dire. En revanche, une réponse apprise par cœur s’entend tout de suite : le ton devient récité, le regard cherche le texte. Le bon équilibre, c’est de connaître le sujet sans avoir de texte.

Une astuce : je demande souvent à la personne de reformuler la question dans sa réponse. « Depuis combien de temps travaillez-vous ici ? » donne « Je travaille chez… depuis… ». La réponse se comprend ainsi toute seule au montage, sans entendre la question.

Choisir le lieu

Le lieu dit beaucoup de choses avant même que la personne parle.

  • Un endroit calme. Une pièce d’une dizaine de mètres carrés suffit. Évitez les open spaces, les machines à café, les fenêtres sur rue.
  • Un fond qui raconte quelque chose. Un atelier, un chantier, une boutique, un stand : le décor fait comprendre le métier.
  • De la profondeur. Mieux vaut quelques mètres derrière la personne qu’un mur collé au dos.

Exemple : pour la vidéo d’Action Logement à Chartres, tournée sur deux jours, les personnes impliquées expliquent le projet entre des plans du chantier. On comprend le projet en voyant le lieu, pas seulement en l’écoutant.

Pour BCLMS, les interviews ont été tournées dans un entrepôt de l’entreprise. Un grand volume calme, qui laisse beaucoup de profondeur derrière la personne interviewée : l’arrière-plan devient flou et raconte le métier sans distraire.

Installation d’une interview dans un entrepôt : caméra sur trépied et lumière avec boîte à lumière Installation pour les interviews de BCLMS : la profondeur de l’entrepôt sert de décor.

La tenue

Quelques règles simples :

  • des vêtements dans lesquels la personne se sent bien, à son image habituelle ;
  • éviter les petits motifs serrés (rayures fines, petits carreaux), qui scintillent à l’image ;
  • éviter le blanc pur et le noir intégral si possible ;
  • prévoir une tenue de rechange en cas de doute.

Le jour du tournage : mettre en confiance

C’est l’étape la plus importante, et la moins visible. La plupart des personnes filmées ne sont pas habituées à la caméra.

  • Prendre le temps avant. Je discute quelques minutes avec la personne pendant l’installation, sans filmer. Elle s’habitue à ma présence et à la caméra.
  • Expliquer comment ça se passe. Elle ne regarde pas l’objectif mais moi, à côté de la caméra. Elle peut s’arrêter, recommencer, se tromper : rien n’est diffusé en direct.
  • Commencer par une question facile. Présentation, parcours : on entre dans la conversation sans pression.
  • Limiter le monde autour. Plus il y a de spectateurs, plus la personne se sent observée.

Tout est installé avant l’arrivée de la personne : caméra, lumière, micro. Elle n’attend pas pendant les réglages, elle s’assoit et on discute.

Dispositif d’interview prêt avant l’arrivée de la personne : caméra, lumière et réflecteur Le dispositif prêt avant l’arrivée de la personne interviewée.

Le son et la lumière

Sans un son propre, une interview est inutilisable, même si l’image est belle. J’utilise des micros-cravates et un micro d’appoint, et je contrôle le son pendant toute l’interview.

La lumière, elle, s’installe sur place : elle rend la personne nette et agréable à regarder, même dans un bureau mal éclairé ou un hall de salon. Quand la vidéo le demande, je filme avec deux caméras, ce qui permet de varier les plans au montage.

Caméra sur trépied et lumière douce installées face à la place de la personne interviewée Une source de lumière douce, placée de côté, et la caméra à hauteur des yeux.

Pendant l’interview, je contrôle le cadre, la netteté et l’exposition sur un écran de retour. La personne, elle, n’a qu’à me parler.

Écran de retour fixé sur la caméra, montrant le cadrage d’une interview Le cadrage vérifié sur l’écran de retour pendant le tournage.

Le cas des interviews courtes pendant un événement

Lors d’un événement, on n’a souvent que quelques minutes avec un invité, entre deux temps forts. Il faut alors être prêt avant qu’il arrive : lieu choisi, lumière et son installés, deux ou trois questions précises.

Exemple : pour Bang & Olufsen, j’ai interviewé l’artiste Jérémy Kapone lors de l’écoute de son nouvel album, puis l’acteur Pascal Elbé sur le son, lors de la soirée « Sound of Paris ». Deux interviews verticales, de 2 min 53 et 1 min 19, publiées sur le compte Instagram de la marque.

Le micro-trottoir : la spontanéité avant tout

Le micro-trottoir est l’inverse de l’interview préparée : on cherche des réponses spontanées de passants ou de visiteurs. La préparation porte alors sur la question, qui doit être simple, amusante ou proche du quotidien.

Exemple : pour Pluxee, les micro-trottoirs interrogent les passants sur la rentrée scolaire ou la fête des parents. Pour Kinder Bueno au festival Lollapalooza Paris, le « Tu préfères ? » a été tourné avec les festivaliers.

Au montage : garder ce qui porte le message

Une interview de vingt minutes donne souvent une minute utile. Au montage, je garde les phrases qui portent votre message et je les illustre avec des images du terrain : l’atelier, le chantier, les gestes, les équipes. Vous recevez une première version, et vos retours sont intégrés avant la livraison finale.

En résumé

  1. Partir de l’objectif de la vidéo.
  2. Écrire des questions ouvertes et les envoyer à l’avance, sans réponses.
  3. Choisir un lieu calme qui raconte le métier.
  4. Prendre le temps de mettre la personne en confiance.
  5. Soigner le son autant que l’image.

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